Dancin’ (a catchy rhythm) : symbole musical de Disneyland Paris.

J’ai fêté le 15 décembre mes 20 ans de visites à Disneyland Paris ! J’ai connu toutes les évolutions, années par années, des parcs depuis 1998, avec les nouveautés, telles que les Walt Disney Studios, l’arrivée de Crush’s Coaster et Cars Quatre Roues Rallye, l’arrivée de Ratatouille, qui a été la première attraction pour laquelle j’ai eu de l’intérêt de la construction des fondations en 2011, jusqu’à son ouverture en juillet 2014 ou encore les différentes saisons qui sont apparues au fil du temps.

Je me rappelle encore de certains éléments forts pour moi, ceux qui me rendent le plus nostalgique : les arches sur Main Street pour Noël, la citrouille géante sur Central Plaza, la remontée mécanique entre la rive de Thunder Mesa et le haut de la colline du Grand Oiseau Tonnerre.

C’était aussi la découverte d’attractions emblématiques : ma première visite effrayante et marquante de Phantom Manor en 2003 sous une pluie diluvienne (la deuxième en 2010 !), celle de Pirates des Caraïbes le même jour par hasard (peu habitués de l’endroit, on pensait visiter le galion en passant sous le porche), qui a été mon plus grand cœur depuis tout ce temps.

J’ai admiré de fabuleux spectacles (à 90%, on ne va pas se mentir) : mes deux premiers spectacles ont été avec mes parents et leurs amis, en 1999, avec Mulan puis Tarzan ! Je me rappelle encore de ce mur détruit par des chinois musclés et cette barque accrochée au plafond du Chapparal Theater !

Ma première parade a été une parade de Noël. A l’époque, j’étais ébahi de voir le Père Noël, tiré par ses rennes et précédé par des films qui étaient encore difficilement compréhensibles pour moi. Ca a été mon premier contact avec ce qui me passionnera par la suite, me permettra d’aborder la musique de film, de rencontrer des personnes formidables, et d’obtenir un Master de Recherche ! La musique, à l’époque, était composée d’un medley comportant Casse Noisette principalement : c’était ma première rencontre avec celui que j’admire encore maintenant, Vasile Sirli, que j’ai eu l’occasion de discuter en janvier 2016. Ma deuxième parade était un événement encore demandé maintenant : Main Street Electrical Parade ! Ces sonorités synthétiques m’ont bercé durant toute mon enfance.

C’est en 2003 aussi que j’ai rencontré pour la première fois Mickey, aux Walt Disney Studios, dans son point photo avec une caravane sur fond hollywoodien, après une journée où on a pu TOUT faire dans ce parc, avant d’arriver à 17h dans le parc principal (comme prévu par les billets de l’époque).

C’est durant ma deuxième visite, peu de temps après la première, que j’ai découvert le symbôle musical de Disneyland Paris, l’hymne intemporel du parc, celui qui, 20 ans après sa première diffusion, est toujours présent, que ce soit dans la parade du Nouvel An (comme les autres musiques me direz-vous), le spectacle #SurpriseMickey, ou encore le mini-jeu proposé il y a une semaine à Disneyland Paris. Je me souviens aussi l’avoir entendu par hasard sur RFM en instrumental pour un jingle. C’était aussi le premier single que mes parents ont acheté sur le parc !

C’est pour ça que je vais vous proposer une petite analyse (un peu spécialisée) de cette chanson, qui est la référence en musique de parade.

Dancin’ (a catchy rhythm) est une chanson écrite pour La Parade du Monde Merveilleux Disney (The Wonderful World of Disney), en 1998. Elle a été composée par Vasile Sirli, directeur musical du complexe à l’époque, sur des paroles de Jay Smith, et interprétée par Joey Diggs et Sue Ann Carwell.

La Parade du Monde Merveilleux Disney est la deuxième parade majeure créée à Disneyland Paris. Elle est la remplaçante de la Parade Disney, créée en 1992. Elle sera arrêtée en 1999 pour être remplacée par la Parade Disney ImagiNation¸ mais reviendra en 2001, lorsque ImagiNation n’eut pas eu le succès voulu. En 2001, la parade change de nom et est renommée La Parade des Princesses, et change de nom et thématique en fonction des saisons (La Parade des méchants Disney pour Halloween, ou La Parade de Noël pour la saison de Noël).

Cette parade comprenait des chars sur le thème de Steamboat Willie, avec The Fabulous Five (c’est-à-dire Mickey, Minnie, Dingo, Donald et Pluto), Snow White and the Seven Dwarfs, Sleeping Beauty, Beauty and the Beast, The Litlle Mermaid, Aladdin, Dumbo et Mary Poppins.

           En général, deux éléments sont à mettre en valeur dans l’idée de chanson pour une parade Disney : l’idée de parade, donc de défilé et de revue, et l’idée de Disney, avec le message qui est véhiculé et vendu par l’entreprise, à travers ses films et ses parcs, c’est-à-dire la magie et la féérie. Dans Dancin’ (a catchy rhythm), ces éléments de magie/féérie et de parade/défilé sont présentés sous une certaine forme.

Cette idée de parade et de revue ne doit pas s’apparenter à une revue militaire, mais plutôt à un moment festif, ressemblant à du carnaval. Dans Dancin’ (a catchy rhythm), le carnaval se rapproche, grâce à son orchestration cuivrée et à la percussion latine, à de la batucada. Ces percussions rappellent aussi les Marching Band, avec des parties rythmiques très développées accompagnant des mélodies et des harmonies simples et d’aspect populaire. Le caractère rythmique de la pièce vient aussi du fait que les points d’appui de la mélodie ne sont pas sur les temps forts mais très souvent un demi-temps voir un quart-de-temps avant le temps.

Le schéma ci-dessus montre ce décalage rythmique. Les harmonies, qui sont sur les premiers et troisièmes provoquent un décalage avec la mélodie qui a ses points d’appuis anticipés. Ce rythme, presque syncopé, rappelle les danses populaires, tels que la samba, qui a inspiré par la suite la batucada.

            La spécificité de la batucada est le dialogue entre un soliste et la foule, qui reproduit le rythme réalisé par celui-ci, le tout soutenu par une percussion qui tient le tempo (exemple dans la petite vidéo en dessou). Ce dialogue se fait ressentir lors du refrain de la chanson : le soliste énonce plusieurs actions, Dancin’, Singin’, Playin’, que le chœur répète après lui. Le fait de répéter des actions aussi simples et presque naturelles amène un certain entrain dans la chanson, et envers les visiteurs, qui sont réunis pour voir un des principaux événements de la journée. La percussion qui permet la régularité du tempo est présente dès l’introduction avec les deux croches de chaque début de mesure.

Le second point traité dans Dancin’ (a catchy rh0ythm) est donc la magie/féérie. Cette magie apparaît dès l’introduction, en plus des deux croches percussives. Dans cette introduction, deux parties se succèdent : la première partie est composée d’un accord de Do sus2, qui ne se résolve qu’à la sixième mesure, sur l’accord de LabM7. Cet accord suspendu est joué avec des crescendos et decrescendos, apportant un caractère suspensif et une incertitude durant les 4 mesures. Ensuite, une deuxième partie de quatre mesures contenant un motif au cor, sur un ambitus d’une octave sur un Sol, c’est-à-dire la dominante de Do, maintient cette incertitude, mis en valeur grâce à la septième dans l’accord de LabM7. Cette deuxième partie et l’introduction se conclut par le retour de l’accord suspendu du Do, qui se résolve sur un accord de Do majeur. L’accord de Do sus2 a donc apporté une attente de 18 secondes avant la résolution du ré vers le mi. Toute cette introduction, afin de renforcer la tension, se déroule sur une pédale de Do.

La modalité sur le pôle Do dans la pièce est aussi présente lors des ponts. Ces ponts, basés sur une pédale de Do, alternent entre majeur et mineur. Cette modalité apporte une tension avant l’arrivée du refrain qui s’affirme en Do majeur, avec l’utilisation des I, V et IV degrés.

Le caractère suspensif se retrouve aussi au cours de la pièce avec l’omniprésence de la note Sol, dominante de la tonalité de Do majeur, tonalité de la pièce. De manière générale, en jouant avec les accords de Do majeur et Sol majeur, on a la sensation que ce sol sonne toujours au cours de la musique. De plus, lors de la troisième reprise du couplet, une pédale de sol remplace les harmonies écrites initialement, qui renforce l’aspect suspendu de la pièce.

Ci-dessous, le pont de la partition avec la pédale de Do, puis un schéma reprenant ce moment.

La magie réside aussi dans l’orchestration. Tout les éléments instrumentaux utilisés dans Dancin’ (a catchy rhythm) sont traités par ordinateur, avec des effets, ou même de façon synthétique. Ainsi, l’utilisation de peu d’instruments acoustiques donne un caractère imaginaire ou irréel à la pièce. Tous ces timbres peuvent donner une sensation d’instruments utopiques, avec des instruments qui ne sont pas créés. Les sonorités instrumentales utilisées sont celles du marimba, du piano électronique, du chœur (dans l’introduction et l’interlude) et des cuivres.

Un effet d’écho est continuel dans la chanson. Cet écho est réalisable grâce à l’écriture : par exemple, dans la partie B du refrain, le clavier répond au chœur, qui donne un effet de continuité et d’écho à la phrase « If you take my hand » et au mot « wonderland ». Ainsi, la chanson appelle, à travers le texte, à quitter le monde réel, vers un monde imaginaire, développé par Disney.

Cet effet d’écho et de continuité est encore plus marqué lors du troisième couplet, lorsque les trompettes répondent au clavier.

Ce qu’on peut considérer comme une réponse typique à de la batucada avec le dialogue soliste et chœur dans le refrain peut aussi être traité comme un  effet d’écho dans la chanson. De plus, dans la dernière reprise du refrain, les réponses du chœur s’intensifient et provoquent une complémentarité avec les deux solistes beaucoup plus marquée. On y retrouve tous les éléments d’orchestration et les paroles du refrain, mais sans sa mélodie.

L’efficacité de cette chanson pour une parade Disney vient du mélange entre l’évocation d’un imaginaire musical et une musique de carnaval et de défilé. Cette imaginaire est mit en musique par les instruments électroniques, qui évoquent des sonorités inventées et impossible à reproduire, ainsi que par l’idée d’écho, mis en musique par la réverbération (traitement électronique, par des sons midi), mais aussi par le dialogue entre solistes, chœur, et instruments.

Le carnaval, qui évoque la parade/revue des personnages Disney, donc un caractère plus léger et festif, est représenté par la percussion et les cuivres, instruments significatifs des défilés de marching band et de batucada. Les rythmes syncopés amènent un caractère entraînant et dansant, rappelant la samba, à la musique.

C’est dont cette chanson qui m’a lancé dans l’univers musical Disney, avec tout ce qui est proposé depuis la création des Studios jusqu’à aujourd’hui.

 Pour citer mes sources : 

-les deux vidéos ont été trouvées sur Youtube ;

-les images de ma « collection privée » et sur Google Images ;

-les extraits de partitions du recueil La Musique à Disneyland Paris, publié chez Hal Leonard.

-le site Chronique Disney pour une partie de l’aspect historique.

Le groupe de Batucada est les Ritmistas dos Pily, un groupe de percussions rémois qui fait un travail formidable !

Mon analyse peut paraitre parfois un peu tirée par les cheveux, peut-être loin de l’idée du compositeur, mais j’assume, et c’est ce qui fait que je la regarde autrement maintenant ! 

2 commentaires sur “Dancin’ (a catchy rhythm) : symbole musical de Disneyland Paris.

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