CHARIVARI

Le Bossu de Notre Dame est le 34e « classique d’animation » des studios Disney. 

Il a été réalisé par Gary Trousdale et Kirk Wise, et est sorti en 1996.

Il est librement inspiré du roman de Victor Hugo, Notre Dame de Paris, publié en 1831.

Le film raconte les destins croisés de Quasimodo, bossu sonneur des cloches de Notre DameFrollo, maître de Quasimodo et juge de Paris, Esmeralda, gitane recherchée par Frollo, dont Quasimodo est tombé sous le charme, etPhoebus, capitaine sous les ordres de Frollo, mais qui cherche à sauver Emeralda.

Durant la scène du CharivariQuasimodo descend du clocher, afin de se mêler à la foule qui fête la Fête des Fouscarnaval ayant lieu au Moyen-Âge avant l’Epiphanie, donc le 6 janvier.

Il est intéressant d’orienter la compréhension de la scène autour de deux éléments primordiaux du dessin animé : l’image et la musique.

Cet article se divisera en deux parties majeures :

       – dans un premier temps, le scénario de la scène, avec la procession, le spectacle tzigane puis la surprise de l’élection de Quasimodo.

       –dans un deuxième temps, nous verrons toutes les références détaillées de cette Fête des Fous, à travers le cirque, la foule et le carnaval, pour arriver à l’élément le plus important de cette Fête des Fous : le Charivari, l’inversion sociale.


La narration dans la séquence

Dans la séquence, la procession est décrite grâce à :

     – l’incitation à venir de la part des personnes dans le cortège (« venez, chantez », « venez, dansez », « Entrez dans la farandole », « Venez à la Fête des Fous »). En anglais, les termes utilisés sont « Come one, come all », phrase typique aux Etats-Unis, qui peut-être remplacée par « Come on Everybody » et « Come and join the feast of Fools ». 

     – Sur le point de vue musical, il y a deux idées qui s’affrontent : la verticalité, sur le « venez, chantez » et « venez, dansez ». C’est fort, accentué, polyphonique : on appelle le peuple à se joindre au cortège et à la fête. En parallèle, on insiste pour venir à la fête en  proposant de tout quitter, grâce à des phrases plus horizontales, plus fournies et moins impératives.

Par la suite, deux thèmes font guise d’exposition pour la séquence, chantés par Clopin.

La danse d’Esmeralda, et donc la représentation tzigane de la séquence, utilise les idées que se fait la société occidentale sur cette communauté à l’époque médiévale.

A l’image, afin de représenter les gitans, il y a des représentations de soleil, étoiles, astres (afin de faire référence aux diseuses de bonnes aventures), la peau mâte du personnage, les bijoux dorés, le foulard ou encore la magie noire. Cela permet de faire un contraste avec le peuple français, dans des tenues de paysans.

Sur le point de vue musical, la musique fait référence à la musique tzigane, avec la modalité, qui repose sur des pôles et des pédales, les mélodies composées de doubles, ou encore le timbre du violon soliste. Au niveau du tempo, les changements sont bruts : on commence doucement, calmement, puis ça s’accélère afin de finir en apothéose ! La musique se rapproche au maximum de la musique de l’est. Nous pouvons la comparer par exemple avec la danse hongroise n°5 de Brahms, avec son intensification à chaque moment ! 

Vient enfin l’élection du Roi des Fous et donc la victoire quelque peu surprenante de Quasimodo. On y propose le retour du thème A, puis du début du thème B, transposé sous forme de marche harmonique, afin de faire monter la tension du résultat de l’élection. Nous y retrouvons même du mickeymousing, lorsque les différents candidats tombent de la scène au rythme de la musique.

Cette marche harmonique conduit au thème de Quasimodo, lorsque l’on découvre que son visage est vrai, et provoque un contraste avec ce qui a été présenté auparavant : la nuance est forte, la vitesse s’accélère, jusqu’à un point d’orgue, un tempo plus lent, et une mélodie plus calme et mélancolique, reflétant le caractère de Quasimodo.

Afin de décider du sort du bossu, une montée chromatique avec le thème de Quasimodo amène une nouvelle tension, jusqu’au choix de Clopin qui décide de continuer la fête, et revient à l’interprétation du thème A dans un tempo très lent, rappelant le cabaret, jusqu’à sa fin endiablée et très festive !


Une Fête des Fous détaillée

La Fête des Fous est racontée par Clopin, à travers les thèmes A et B : le premier thème décrit l’ambiance générale de la fête, d’un point de vue externe, tandis que le thème B appelle les gens à s’amuser, avec l’arrivée soudaine du choeur. Le point de vue devient interne.

Les studios Disney font référence au cirque, à la foule et au carnaval, mais surtout au point important du charivari : l’inversion sociale.

Brièvement, qu’est-ce que le charivari durant la Fête des Fous : il s’agit d’inverser les rôles de tout le monde. Durant le charivari, les paysans sont mis en valeur et les nobles rabaissés, le plus petit curé de la paroisse est élevé à un rang supérieur, alors que les hauts membres du clergé sont ridiculisés. Cela se situaient entre le 25 décembre et le 6 janvier. Durant cette période, tout ce qui était contraire à la religion était réalisé sans punition particulière. Ici, le terme de charivari, qui est utilisé pour traduire Topsy Turvy, sans dessus-dessous, ne peut que mieux décrire la scène.

Le cirque, au cours de la scène, est décrit grâce à une image vivante, très colorée et faisant référence à la commedia dell’arte, avec par exemple la présence d’un arlequin, de différents bouffons… La simple présence de Clopin justifie la présence d’une ambiance de cirque.

La musique prend une part très importante dans la scène : dès le début du thème A, il y a la présence d’une pompe à la basse ou encore de chromatismes dans la mélodie ou dans les contrechants dans les deux thèmes, sans oublier les jeux de mots dans le texte (« clowns et rient » pour clowneries).

Grâce au capharnaüm musical cadré, mais aussi aux références historiques au carnaval (qui provoquent un anachronisme), l’événement et la foule sont mis en valeur de façon à aider le spectateur à se retrouver dans la séquence.

On ne s’y retrouve plus musicalement, à cause des dissonnances (par exemple les deux accords qui sont joués ensemble Sol#mineur et Fa#Majeur), les chromatismes omniprésents, la verticalité, qui peuvent être comparés à la foule qui parle en même temps.

Vis-à-vis des références historiques, elles sont partout, avec les masques du Carnaval de Venise, le Charivari, la présence de Notre Dame, mais aussi la date du 6 janvier, symbolique…

Enfin, le dernier thème pour décrire cette Fête des Fous est l’inversion sociale. Sur le point de vue de l’image et du texte, elle est flagrante ! Tandis que musicalement, c’est plus subtil…

Les rôles sont inversés durant la séquence : un homard pousse son cuisinier dans une brouette se voulant être une marmite, un chien marchant sur deux pattes tient en laisse son maître…

Dans le texte, c’est la Haute Société qui est ridiculisée, avec des phrases comme « Les Manants sont rois, les rois sont clowns », « Les bourgeois, les curés sont traîtés de guignols ».

Musicalement, le chromatisme est toujours l’élément primordial, mais ici, il est en opposition avec l’arpège d’un accord, qui montre la stabilité harmonique d’une pièce. Le chromatisme est ascendant, tandis que l’arpège est descendant. Enfin, ce dernier est entouré de chromatismes ascendants. L’arpège est rabaissé, descendu, humilié, fâce au chromatisme que l’on retrouve partout et qui est mis en valeur : pour prendre une image religieuse, en adéquation avec le dessin animé, le chromatisme se rapproche de Dieu, alors que l’arpège est envoyé aux Enfers

Au final, le résultat narratif de la séquence s’accorde avec la thématique générale : on inverse les rôles, on met en lumière ce jour-là ce qui est dans l’ombre et ridiculisé durant toute l’année. Ici, Quasimodo  est mis sur le devant de la scène en l’espace de 5 minutes (si l’on s’en tient à la chanson), tout comme le peuple qui s’amuse !

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