It’s a Small World : The Happiest Song that ever Sung around the World

On a fêté hier ( le 23 avril 2019) les 55 ans de la croisière la plus joyeuse jamais faite autour du Monde ! Une attraction qui est mondialement connue, même par ceux qui ne l’ont jamais faite, grâce à son thème fédérateur, prônant la paix sur Terre, mais surtout grâce (ou à cause, selon le point de vue) à sa ritournelle légère, amusante et…. ENTÊTANTE !

L’oeil averti remarquera que c’est l’ancienne façade sur la photo, datant de 2011 !

It’s a Small World est une attraction créée en 1964 pour la Foire Internationale de New-York de 1964. Elle a été créé à la suite de la demande de Pepsi à Walt Disney, sponsor de l’Unicef, de construire une attraction soutenant l’association. L’attraction consiste en une croisière au milieu de poupées animées, nommées audio-animatronics, représentant les différentes nationalités, avec un hymne appelant à la fraternité. Le concept a été créé par Mary Blair : la façade, les couleurs et les poupées de chaque parc sont issues de ses oeuvres, et adaptées au lieu.
Walt Disney a demandé aux frères Sherman, qui avaient déjà composé des chansons pour les productions Disney, d’écrire « une petite ronde tout simple que tous les enfants pourraient chanter, la même mélodie chantée dans différentes langues ».
Les paroles, tout comme les différentes traductions dans les huit langues proposées (allemande, anglaise, française, espagnole, italienne, japonaise, néerlandaise et suédoise), ont été écrites et supervisées par les frères Sherman eux-mêmes.

Trois versions de la chanson ont été conçues. La première version de la chanson est celle que nous connaissons actuellement, qui est simple et efficace, véhiculant un message précis. Les deux autres chansons étaient beaucoup plus complexes, plus détaillées musicalement et textuellement.
Cette « petite ronde » est écrite sous la forme « Couplet-Refrain ». Elle utilise la même harmonie pour les deux partitions, et se construit autour des degrés fondamentaux (tonique, dominante, sous-dominante).

Partition de It’s a Small World, Robert et Richard SHERMAN, 1963.
Réécriture, extrait de Disney Fake Book, Hal Leonard, 2010.

Le couplet se compose de 16 mesures, qui peuvent se diviser en 2×8 mesures. La première sous-partie, qui correspond aux huit premières mesures, se divise en 2×4 mesures. Elle est écrite sous forme de marche, basée sur les premier et cinquième degrés. Les huit dernières mesures forment une cadence parfaite au couplet. Les mesures 9 à 12 forment aussi une petite marche, avec l’ajout d’une dominante du quatrième degré, qui amène une subtilité et casse la monotonie.
Le refrain se divise harmoniquement de la même manière que le couplet. La mélodie est ascendante, permettant d’apporter une légère tension, afin de se reposer sur les blanches finales.

L’orchestration a été réalisée par Bobby Hammack, orchestrateur pour Disney. Le duo de compositeurs l’a choisi car, en manque d’arrangeurs au sein du studio, Hammack, arrangeur free lance, était capable d’arranger cette chanson dans des versions reflétant un pays. Afin de satisfaire le public européen, jugé très critique, et pour s’accorder à la culture européenne, très riche, l’orchestration pour la version française de l’attraction a été créée par John Debney, compositeur de musiques de films, qui a principalement écrit pour Hollywood, dont Disney (il a composé, en 2001, The Emperor’s New Groove, pour les Studios Disney).


La version américaine, orchestrée par Hammack, a un caractère joueur, innocent, et enfantin. Ces éléments sont dus aux rythmes pointés très présents, à des modes de jeu très piqués et secs, un effectif qui paraît réduit. L’orchestration est celle d’un orchestre symphonique, mais les tutti ne paraissent pas présents. De plus, sur le point de vue du montage en post-production, il n’y a pas d’effets ajoutés : la musique est similaire à celle d’une musique live, jouée en extérieur, qui renforce un aspect très populaire. Les parties chantées ont été enregistrées par des choeurs d’enfants à travers le monde. Ces éléments donnent une certaine légèreté, une intimité, ainsi qu’une naïveté à la version américaine de It’s a Small World, qui renforce un aspect populaire, mais aussi une sensation de coffre à jouets qui s’ouvre. La « petite ronde » au caractère enfantin, désiré par Walt Disney, est ici plus que respectée. La musique de l’attraction en Californie insiste sur l’aspect ethnique où chaque zone a sa version orchestrée avec les instruments du pays en question.


La version française de l’attraction présente une musique beaucoup plus sophistiquée que la version américaine. John Debney a utilisé un orchestre symphonique, influencé par les orchestrations du XIX siècle, proches aussi des orchestrations de certaines musiques de films. Le caractère majestueux et imposant est réalisé grâce au phrasé legato tout au long de la pièce, mais aussi aux contrastes de nuances, qui donne beaucoup de relief à la pièce. De plus, les modes de jeux des percussions, tels que les coups de cymbales ou les roulements de timbales, apportent une tension, soutenue par des crescendos, et renforcer le caractère majestueux. Sur le point de vue de la post-production, un effet de réverbération est ajouté, afin de donner plus de profondeur et de relief à la musique. La musique de l’attraction française se compose de deux strates : la strate de base est composée de l’accompagnement de la chanson par l’orchestre symphonique, avec les harmonies jouées par les basses qui font une pompe, et un contrechant des parties médiums et aigues. La mélodie est réalisée par un choeur qui reprend la chanson dans la langue du pays présenté. La deuxième strate est composée d’un arrangement du thème avec les instruments du pays présenté.

Ce sont donc les répétitions harmoniques et les différentes marches, qui donnent l’aspect entêtant à cette chanson, et qui ont fait le succès et la réputation de l’attraction des parcs Disney, mais qui sont variées par l’orchestration reflétant les différentes parties du monde. La chanson est construire afin de répondre aux problèmes technologiques. La chanson doit pouvoir être diffusée en fluidité afin qu’on ait l’illusion de continuité musicale durant le parcours. Ainsi l’utilisation d’une même harmonie permet une superposition du couplet et du refrain et évite d’écouter une musique assourdissante.

Je ne cite plus dans mes sources Jérémie Noyer et son troisième volume des Entretiens avec un Empire, et son interview de Richard Sherman, ainsi que le site Chronique Disney, dont on souhaite un joyeux 19e anniversaire, pour tout l’aspect historique !

Et en cadeau, cette version retravaillée par Vasile Sirli :

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