Léopold Stokowski, le chef d’orchestre pour tous !

Connu des fans Disney pour sa participation très active dans la suite de courts métrages musicaux de 1940 Fantasia, Leopold Stokowski est considéré comme l’un des plus grands chefs de son époque, grâce à son talent de direction, son charisme, mais aussi sa philosophie musicale très ouverte.

A travers cet article, vous allez découvrir la vie de Stokowski mais aussi sa manière d’être face à un orchestre et à son public.

Léopold Stokowski est né le 18 avril 1882 à Londres d’un père d’origine britannique et d’une mère d’origine polonaise. Il a laissé beaucoup de questionnements sur son enfance, afin de cultiver un personnage mystérieux et intéressant auprès du public. L’une de ses femmes, Olga Samaroff, pianiste, lui dira d’accentuer son passé polonais aux USA, pour mieux se faire apprécier du public. Elle-même à changé son nom pour passer de Mary Agnes Hickenlooper à Olga Samaroff (pour elle, adopter un nom à consonance plus exotique lui aurait permis de faire grimper sa carrière). Stokowski a dit par exemple qu’il était en 1888 à Cracovie, ou encore qu’il était né en Poméranie en 1889.

Il a commencé à étudier l’orgue à l’âge de 13 ans à Royal College of Music, ce qui en fait un des plus jeunes élèves. Son professeur était Walter Parrat. Il était aussi le camarade du compositeur Ralph Vaughan Williams (il dirigera même 6 de ses 9 symphonies).

En 1905, il part aux USA, à New York, et devient organiste et chef de chœur de l’Eglise Saint Barthelemy. Malgré sa popularité auprès des paroissiens, il décide de quitter son poste et part à Paris étudier la direction d’orchestre.

En 1909, il devient chef du Cincinnati Symphony Orchestra, mais dirige aussi l’Orchestre Colonne (et Olga Samaroff, sa future femme, avec le Concerto pour Piano n°1 de Tchaikovsky) et le New Symphony Orchestra au Queen’s Hall.

Avec le Cincinnati, il ébauche l’idée des « Pops Concerts », des concerts ouverts à tout le monde, et défend la musique des nouveaux compositeurs de l’époque (Strauss, Sibelius, Rachmaninoff, Debussy, Glazunov, Saint-Saëns…). Il créé même aux USA la Symphonie 2 d’Elgar en 1911. Il quitte cet orchestre après des conflits avec le conseil d’admnistration.

Il retourne brièvement dirigé le LSO pour 2 concerts en mai et juin 1912 avant de devenir chef de l’Orchestre de Philadelphie en Octobre 1912. Son arrivée dans la ville permet de faire évoluer le Curtis Institute of Music de la ville, où il participe principalement à l’embauche d’enseignants de qualité.

A partir de 1933, il continue la tradition des Youth Concerts, des concerts réalisés par des jeunes étudiants américains.

En 1936, après des différents le conseil d’administration de l’Orchestre de Philadelphie, il se retire progressivement de l’orchestre. Il partage donc la direction de l’orchestre avec son second Eugene Ormandy de 1936 à 1941. Il signe son dernier concert en tant que titulaire de l’orchestre en 1941, où il fait une interprétation peu convaincante de La Passion Saint Matthieu de Bach. Il aura l’occasion d’être invité un dernière fois en 1960 par cet orchestre, où il dirigera des extraits de Mozart, Respighi et Falla, ainsi que l’une de ses meilleures interprétations de la 5e symphonie de Chostakovitch.

C’est avec l’Orchestre de Philadelphie que Stokowski réalisera un des projets majeurs de Walt Disney, une suite de courts métrages musicaux dans la suite des Silly Symphonies (on en parle ici : https://musicland.home.blog/2019/06/15/il-y-a-90-ans-les-sillies-symphonies/ ), Fantasia. L’idéea été évoquée par Walt Disney à Leopold Stokowski en 1937. Initialement, Stokowski ne devait enregistrer que la séquence de L’Apprenti Sorcier, mais intéressé par le travail réalisé, le chef propose d’élargir le concept à tout une production, mêlant donc musique savante et animation. Disney adhère au projet et embauche le musicologue Deems Taylor pour aider à la création du long métrage. Il présentera ensuite les différentes pièces de Fantasia.

Stokowski a réalisé pour Fantasia 2 transcriptions : la première est un arrangement raccourci d’Une Nuit sur le Mont Chauve de Modeste Moussorgski. Il mêlera les idées de musicales de la version de Rimski-Korsakov avec celle de Modeste Moussorgski, tout enlevant quelques sections pour raccourcir la séquence. La deuxième transcription est la suite de la séquence, qui est une orchestration de l’Ave Maria de Franz Schubert pour orchestre symphonique. Juste en dessous, un petit thread sur Une Nuit sur le Mont Chauve.

Aussi, la suite s’ouvre sur la Toccata et Fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach, transcrite par Stokowski en 1926. Le chef dirigera toutes les pièces sauf la séance d’improvisation entre la 4e et la 5e séquence. De manière plus anecdotique, il adaptera toutes les pièces de Fantasia.

En 1940, il dirige l’Orchestre des Jeunes Américains.

De 1941 à 1944, il dirige le symphonique de la radio NBC, poste qui lui permettra d’enregistrer beaucoup d’œuvres

En 1944, il dirige l’Orchestre Symphonique de New York, avec qui il enregistre pour RCA.

Il créé en 1945 le Hollywood Bowl Symphony Orchestra de manière pérenne, qui est ensuite dissout pour laisser sa place de manière ponctuelle à l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles, que Stokowski dirigera toujours.

Ces différents orchestres sont dans son idée constante de rendre abordable l’art savant à un public populaire et ainsi de ne pas créer de clivages entre deux sociétés différentes, d’une part des élitistes et fermée à toute forme de populaire, d’autre part un public peu habitué à l’art savant et qui ne sent pas concerné par celui-ci.

A partir de 1946, il dirigera l’Orchestre Philharmonique de New York, puis, à partir des années 50 jusqu’à sa mort, il sera invité de beaucoup d’orchestres mondiaux.

Il a créé en 1962 le American Symphony Orchestra, orchestre ouvert à tous (toute proportion gardée), avant de ralentir le rythme en concert et de se concentre plus sur les enregistrements d’œuvres, dans les années 70. Il réalise, en 1973, sa dernière création, la 28e symphonie d’Havegal Brian.

Sa dernière apparition est au festival de Vence, avec l’Orchestre de Chambre de Rouen, où il dirigeait ses transcriptions des sonates de Bach.

En 1976, il signe un contrat avec Columbia Records qui devait le garder actif jusqu’à l’âge de 100 ans. Il est mort, l’année suivante, le 13 septembre 1977, à l’âge de 95 ans.

Charismatique, charmeur, entre le dandy anglais et le crooner américain, Stokowski joue de ces traits afin de développer son personnage, sa musicalité et ainsi sa popularité.

Musicalement, Stokowski a été novateur sur certains points, innovations qui pour certaines n’ont pas perdurées. A partir de 1926, il lâche la baguette pour diriger avec ses mains, ce qui lui a permis de libérer plus d’idées dans sa battue. C’était un point très important car il n’était pas partisan des explications parlées en répétition : il était court, clair et précis ! Dans la vidéo ci-dessous, Stokowski répète l’Adagio pour Cordes de Barber avec une grande exigence sans parler de manière excessive.

Dans cette même vidéo, on remarque deux autres de ses particularités, plutôt affreuse, mais qui donne une couleur spécifique aux cordes et aux vents: le coup d’archet libre (le mouvement de l’archet, en fonction des phrases n’est pas cadré mais laisser libre de choix au musicien) et la respiration libre (les musiciens à vents choisissent leur respiration dans une phrase musicale). Ce choix, malheureusement, provoque un désordre visuel chez les cordes, mais aussi une autre direction dans la construction d’une mélodie (comme l’importance d’une virgule dans une phrase !).

Stokowski était aussi partisan de la position des violons à droite de l’orchestre, afin d’avoir un effet de stéréophonie dans les enregistrements des pièces. Ses orchestres étaient disposés sur plusieurs estrades afin de mettre en scène les concerts et de donner de l’importance aux différents pupitres.

Ci-dessous une vidéo de Léopold Stokowski dirigeant sa transcription de la Toccata et Fugue en ré mineur, à l’âge de 90 ans. On y remarque, avec l’âge, une direction très portée sur le visuel, mais qui manque malheureusement de précision, donnant une instabilité dans le résultat final.

Un de ses objectifs, très ancré dans la tradition américaine, est de rendre abordable la musique pour tous. Il créé l’American Symphony Orchestra ou dirige aussi les Youth Concerts, ce qui permet d’intéresser plus de personnes. Aussi, Stokowski était un partisan de l’enregistrement, dans le but de garder une trace des œuvres, mais aussi d’écouter une musique qu’un auditeur ne pourrait pas écouter lors d’un concert ou parce qu’il ne se sent pas concerné par le travail.

Stokowski jouait beaucoup de son charisme et de son physique pour mettre en valeur sa musique. Il était grand et impressionnant, ce qui attirait le regard et captivait l’auditeur, jusqu’à faire mettre ses il faisait mettre la lumière sur lui ou ses mains.

Enfin, Stokowski est aussi très réputé pour ses transcriptions. Il a énormément orchestré des pièces savantes de piano ou orgue pour orchestre symphonique, peut-être en lien avec sa formation initiale d’organistes. Sa pièce la plus connue est la Toccata en ré mineur de Jean-Sébastien Bach.

Enfin, la collaboration avec Disney reste dans cette optique : on permet pendant 2 heures d’assister à un concert avec un orchestre et un chef professionnels, sur une animation de qualité et hétérogène (on passe d’un spectacle humoristique à une oeuvre totalement abstraite…).

On peut mettre un lien très fort entre Stokowski et Disney : les deux artistes ont le même objectif, la même philosophie, c’est-à-dire le partage des cultures et donc le lien entre des mondes totalement différents.

En cadeau, l’orchestration du Clair de Lune de Debussy par Léopold Stokowski, prévue pour Fantasia.

Lorsque les gens faisaient remarquer à Stokowski qu’il avait serré la main de Mickey, il leur répondait que non, c’était Mickey qui lui avait serré la main !

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