Le Brave Petit Tailleur : une musique cousue d’une main de maître !

Pour ceux qui ont connu le site sur Webself, cet article était déjà là en français mais aussi en allemand ! En faisant un tour dans la boutique Sir Mickey’s Boutique, qui rend hommage aux courts métrages Mickey et le Haricot Magique ainsi qu’à Le Brave Petit Tailleur, j’ai eu l’envie de faire remonter à la surface cet article sur ce dernier.

Le court-métrage a été réalisé en 1938 par Bill Roberts, d’une durée de 9 minutes. La musique a été composée par Albert Hay Malotte.

Je ne vais pas m’attarder sur l’analyse de l’image, de l’animation ou du contexte, des sites comme Chronique Disney le font bien mieux que moi. Pour l’anecdote, il s’agit du dernier Mickey où la souris a ce design, avant son renouvellement.

L’histoire originale est un conte populaire allemand, de tradition orale, retranscrit par les Frères Grimm dans leur recueil Contes de l’enfance et du foyer. Il raconte les aventures d’un tailleur, qui en se préparant une tartine de confiture, tue sept mouches tournant autour de lui. Fier de son exploit, il grave dans sa ceinture « Sept d’un coup ». Partant à l’aventure, il croise un géant croyant que le tailleur à tuer sept ogres. Après l’avoir tenté en duel de force, le géant décide de ramener le tailleur dans l’antre des ogres afin de le tuer. La nuit, le géant arrive près du lit dans lequel le bonhomme n’est plus, le trouvant beaucoup trop grand pour lui. Le lendemain, les géants le voyant toujours, prennent peur et décident de s’enfuir.

La nouvelle se répand jusqu’au roi, qui décide d’engager le tailleur pour vaincre d’autres géants, lui promettant la main de sa fille et la moitié du royaume en cas de réussite. Acceptant la quête, le tailleur, grâce à sa ruse, fait s’entretuer deux ogres endormis sous un arbre. Ayant top peur que le bonhomme lui prenne son trône, le roi l’envoie dans d’autres quêtes, telles que la capture d’une licorne ou d’un sanglier.

Le roi se résigne donc à céder la moitié de son royaume ainsi que la main de sa fille. Prévenu par sa fille que son gendre n’est qu’un simple tailleur, le monarque décide de capturer et de faire embarquer de force le bonhomme sur un navire. Son écuyer au courant de l’affaire, le tailleur ruse en faisant semblant de dormir et de parler durant son sommeil, afin d’effrayer les soldats, qui ne lui causèrent plus d’ennuis.

La version de Walt Disney est beaucoup plus simplifiée. L’histoire ne s’intéresse pas au conflit entre le roi et le tailleur, ainsi qu’à la capture de la licorne et du sanglier.

Mickey joue le rôle du tailleur et Minnie celui de la princesse. On retrouve aussi Willie le géant dans le rôle, sans surprise, du géant.

Mickey est donc un tailleur, qui en voulant se préparer de la confiture, tue sept mouches en une fois. Il grave ainsi dans sur sa ceinture « Sept d’un coup ». Pendant ce temps, un géant terrorise le royaume et une annonce est faite pour qu’un chevalier tue cet être. Un passant, entendant Mickey se vanter de son exploit, fait tourner la rumeur que le tailleur peut relever la quête, ayant tué sept géants d’un coup. La rumeur arrivant jusqu’au roi, ce dernier décide de le nommer Royal haut tueur de géant, envoie Mickey tuer le géant, et lui promet la main de sa fille en échange.

Mickey part à la conquête du géant et est totalement apeuré et désespéré lorsque la terre tremble. Le tailleur voit alors l’ombre de l’être, qui marche sans regarder au sol. Mickey essaie alors de fuir, fini sa course dans une charrette à citrouilles et manque de se faire manger, en s’accrochant au seau du puits servant de verre au géant. Il manque ensuite de se faire brûler en se cachant dans du foin, que le géant fume comme une cigarette.

Lorsque la souris sort de cette cigarette géante, il s’en suit un combat entre le géant et le tailleur. Mickey ruse alors afin de déstabiliser son adversaire, tel David contre Goliath. Il lui attache les mains et l’enchaine avec du fil ! Le géant tombe et est assommé.

Le court métrage se termine sur un anachronisme conséquent : une fête foraine, au Moyen-Age, est réalisée autour du géant, pendant que Mickey et Minnie s’embrasse dans un carrousel.

Le dessin animé se divise donc entre 5 parties distinctes :

  • L’introduction : le peuple régit à l’annonce du roi pour tuer le géant. Mickey tue 7 mouches.
  • L’élément perturbateur : la rumeur se répand comme quoi Mickey a tué 7 géants, et le roi lui demande d’aller éliminer celui qui rode dans le royaume.
  • Péripétie : Mickey échappe au géant qui se promène et qui prend du bon temps.
  • Elément de résolution : Mickey bat le géant grâce à son matériel.
  • Conclusion : Une fête foraine est en cours, où les souris se montrent leur amour et où on s’occupe du repos du géant.

Sur le point de vue musical, on reste sur quelque chose de très classique. Le héros est caractérisé par un thème principal, qui est conducteur, utilisé principalement dans l’introduction et la conclusion, tandis que la partie centrale est accompagnée par du mickeymousing, c’est-à-dire de la musique qui double chaque fait et geste des personnages.

Le court métrage s’ouvre sur une ouverture en fanfare, rappelant le Moyen-Age, afin de présenter la société de production Buena Vista et le héros principal du court-métrage Mickey. S’en suit le thème principal à l’interprétation majestueuse, présentant la société de production et le titre du court-métrage Le brave petit tailleur. Une brève transition en mineur montre l’affiche avec le géant et la foule soucieuse, avant de revenir en majeur avec le thème principal sifflé par Mickey. Le sifflement et l’accompagnement par des pizzicati montre l’insouciance et la naïveté du personnage, qui ne prend pas conscience de l’événement qui se déroule dans la rue. Ce thème est coupé par des trilles des cordes, qui décrivent les mouches et l’agacement de Mickey par deux fois (construction antécédent-conséquent). La clarinette reprend brièvement le thème, avant le combat entre Mickey et le mouches. La fin du combat est caractérisée par un trait des cordes qui symbolise l’élan et le coup de tapette Mickey. Ici, le silence est important : il prouve que la péripétie de l’introduction, c’est-à-dire le duel entre Mickey et le mouches est fini, c’est la mort des mouches. Un petit thème sur une dominante est joué lorsque le peuple dans la rue parle de l’annonce : c’est le thème du géant, qui instaure la crainte de se faire attaquer et tuer.

L’élément perturbateur est accompagné par un trait rapide de l’orchestre, qui traduit la surprise du peuple, la transmission du message au roi, mais surtout la propagation d’une rumeur infondée. Le silence a encore une part importante dans cette séquence : il symbolise le chuchotement, mais surtout, il apparait lorsque le roi prend la parole. Le roi est si important et clair que la musique ne doit pas l’écraser !

Le thème de Mickey revient joué par une fanfare : on annonce le tailleur (le peuple) dans la salle du trône (la cour). Le questionnement de Mickey se fait par une trille sur une dominante, mais surtout le thème qui est modifié en mineur. Chaque dialogue se fait en silence, on ne coupe pas ce qui intéresse le roi. L’histoire de Mickey est conclue par une cadence forte et brillante. La légèreté des pas de Minnie se fait par des pizzicati, et l’amour de Mickey par une reprise de son thème par la flûte fait de trilles, rappelant son étroudissement.

Mickey part fièrement au combat, avec son thème interprété de manière majestueuse par les cuivres. La porte fermée, un trait rapide descendant des cordes montre la peur et la lacheté de Mickey pendant que la foule l’acclame. Un thème lent, mineur traduit la peur et la honte de Mickey. Le mickeymousing décrit ensuite par un trait rapide des bois la fuite des animaux à l’arrivée du géant. Il y a une confrontation entre la fuite de Mickey et les pas du géant : dans la continuité des animaux, la course de Mickey est traduite par de la musique et des traits rapides des cordes, alors que les pas du géant ne sont pas musicaux : il s’agit d’un bruitage simple de chacun de ses pas. On confronte l’humain et le civilisé avec de la musique et le monstre et le sauvage avec du bruit. Cependant chaque pas permet de relancer les appuis de chacun des traits de cordes, donc de donner un élan à Mickey.

Lorsque le géant s’arrête pour se reposer, on retrouve le thème du géant, joué sous forme de marche harmonique. Le mickeymousing décrit, dans la séquence du repas, chacun des gestes du géant :

  • des pizzicatis pour montrer la petitesse des objets pour le monstre. Ils sont joués dans un mode mineur pour montrer la peur de Mickey et le funeste destin des citrouilles.
  • la tentative d’esquive des citrouilles se fait par des traits rapides de la clarinette.
  • le thème du géant retentit lorsque Mickey manque de tomber dans la gosier du monstre : ça a failli être la victoire du méchant sur la gentil.
  • des traits ascendants des cordes accompagnent chacun hoquet du géant.
  • c’est le retour du thème du géant lorsqu’on le voit en entier pour prendre le puits afin de boire et avaler Mickey.
  • une variation du thème du géant, accompagne la préparation et l’allumage de la cigarette, qui montre la vanité du géant après son repas. Il est modéré et tranquille, accompagné par des pizzicati des basses. Il est en confrontation avec les pizzicati et trilles des violons, qui montre la peur l’éternuement de Mickey.
  • Enfin, le combat entre Mickey et le géant décrit principalement tous les mouvements de Mickey à travers des traits des cordes et bois. Enfin, on confronte le géant avec son thème joué pls vite, et les traits rapides des gestes de Mickey. S’en suit des syncopes montrant l’embaras du géant et la victoire de Mickey, et un motif descendant de la trompette qui décrit Mickey tournant autour du géant avec son fil.
  • La chute du géant et la victoire écrasante de Mickey conclue la séquence. Une cadence parfaite majestueuse sur un tutti orchestral soutient l’action.

Le court métrage se termine sur une version à trois temps, dans un tempo de valse, du thème de Mickey, acclamé comme un héros. Le trois temps fait référence aussi à l’orgue de barbarie, instrument symbolique des fêtes foraines, mais rappelle aussi le mouvement circulaire des manèges et surtout du moulin qui aère le géant.

La musique de ce court-métrage avec Mickey Mouse est très fournie. Le mickeymousing n’est pas caricatural, l’orchestration très riche, et la confrontation entre le thème de Mickey et celui du géant très égale. On peut noter aussi l’importance du silence, qui n’écrase pas les dialogues, mais la mise en valeur du bruit, qui permet l’opposition, par exemple, entre deux éléments distincts.

Le brave petit tailleur est un court-métrage réussi, très fourni sur le point de vue des couleurs, des décors, mais aussi de l’animation. Il confirme aussi le succès de Mickey. Le seul point a déploré est celui de l’inutilité de Minnie, qui est reléguée à un rôle mineur et très niais, le court-métrage ne mettant en valeur que des hommes.

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