Disney et la Danse Macabre

Dès que l’on veut parler d’une fête macabre, festive mais qui n’est pas effrayante, de la mort sous son meilleur jour, ou pour simplement faire peur, une œuvre musicale inspire les créateurs : La Danse Macabre, l’opus 40 de Camille Saint-Saens !

La Danse macabre avant…

La Danse macabre est un poème symphonique composé par Camille Saint-Saëns. La pièce a été composée en 1874 et créée le 24 janvier 1875 lors des concerts Colonne. Le compositeur a écrit l’œuvre à partir d’un poème d’Henri Cazalis « Liberté Fraternité », tiré des Heures sombres, 4e partie du recueil L’Illusion.

Petite mise au point avant de parler de la Danse Macabre en profondeur :

  • Un poème symphonique est une pièce pour orchestre inspiré par une œuvre littéraire, un poème ou une peinture.
  • La date de création représente le jour où la pièce a été jouée pour la première fois. La date (ou la période) de composition est le moment où le compositeur a écrit la pièce.
  • Les concerts Colonne, sont des concerts créés et dirigés par Edouard Colonne 2 ans avant la Danse Macabre, tout comme Jules Pasdeloup et Charles Lamoureux en 1861 et 1881.

Dans l’ordre : Edouard Pasdeloup, Camille Saint-Saëns et Henri Cazalis.


Le sujet de la danse macabre est très récurrent dans les mythes et dans les arts. Apparu au Moyen-Âge, elle raconte le triomphe de la Mort lors d’une nuit où tous être vivants se font humilier, des personnes les plus importantes et riches aux pauvres. Une grande fête s’organise, jusqu’au lever du jour où le calme revient, jusqu’au retour du sacré sur le profane.

L’argument est comparable au poème de Nicolas Gogol, La nuit de la Saint-Jean, qui a inspiré par la suite Une nuit sur le Mont Chauve, de Modest Moussorgski (et tout ce qu’il en a suivi…) !

Les sections du poème d’Henri Cazalis sont celles-ci :

Zig et zig et zig, la mort en cadence
Frappant une tombe avec son talon,
La mort à minuit joue un air de danse,
Zig et zig et zag, sur son violon.

Le vent d’hiver souffle, et la nuit est sombre,
Des gémissements sortent des tilleuls ;
Les squelettes blancs vont à travers l’ombre
Courant et sautant sous leurs grands linceuls,

Zig et zig et zig, chacun se trémousse,
On entend claquer les os des danseurs, […]

[…]Mais psit ! Tout à coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté[…]

La Danse macabre par l’Orchestre Philharmonique de Radio France (à partir de 31min15).

Je n’irai pas dans le détail précis de l’œuvre (beaucoup trop long et complexe…) mais Jean-François Zygel en parlera beaucoup mieux que moi durant les 30 premières minutes de la vidéo (et juste après, il y a l’Apprenti Sorcier).

Plusieurs éléments sont très intéressants :

  • L’introduction, très calme, rappelle un clocher qui sonne, avec une harpe qui laisse résonner ses notes. Les violoncelles 6 notes pizzicati représentant la mort appelant les morts avec ses talons.
  • Un violon soliste, qui casse cette atmosphère sereine, avec une quinte diminuée, ou appelé Diablus in Musica, qui provoque une dissonance et un frottement pour l’oreille de l’auditeur. Ce violon représente la mort qui annonce le début des festivités !
  • Un premier thème est très bref, sec et rapide, il montre plutôt le côté divertissant de l’humiliation de la vie. Il est une première fois exposé à la flute puis est repris au fur et à mesure par tout l’orchestre. Son côté dynamique peut rappeler les morts qui arrivent enjoués au sinistre divertissement. Le xylophone, rare à l’époque dans les orchestre symphoniques, reprend très souvent ce thème, qui rappelle les squelettes qui dansent.
  • Un premier thème très long et lyrique joué par le violon est repris ensuite par l’ensemble des cordes. Ce thème montre la grâce et l’importance de la mort, dominante et manipulant le monde tout le monde, les vivants comme les morts ! Cette danse est comme une valse romantique très funèbre.
  • Les deux thèmes sont repris et développés au fur et à mesure de la pièce. Alors que la fête bat son plein, le coq, représenté par le hautbois, annonce le lever du jour ! Tout le monde rentre chez soi, le violon solo joue une dernière mélodie, le thème bref résonne dans le grave de moins en moins fort… La danse macabre est finie !

Lors du Carnaval des Animaux, Camille Saint-Saëns se cite lui-même et reprend la même mélodie brève au xylophone pour rappeler les fossiles !

Manuscrit de la première page de la Danse macabre

…La Danse macabre maintenant !

Cette Danse macabre est une œuvre majeure dans la pop culture ! Très souvent le sujet même de l’argument médiéval est utilisé au cinéma ou dans la musique actuelle comme par exemple Metropolis de Fritz Lang ou encore Thriller de Michael Jackson.

Chez Disney, la première Silly Symphony utilise cette Danse macabre comme argument : The Skeleton Dance montre une danse entre 4 squelettes qui s’éveillent avec que l’Eglise ait sonné les douze coups de minuit. Ils sont renvoyés aux tombes par l’appel du coq. Ces squelettes dansent sur la Danse des Trolls d’Edvard Grieg jouée au xylophone, rappelant les os dansants. On en parlait déjà dans cet article sur les Sillies Symphonies.

Le poème symphonique a accompagné aussi un épisode de Mickey Mania, une série de courts-métrages avec Mickey diffusée entre 1999 et 2000. La musique de l’épisode utilise et réarrange la Danse Macabre pour en faire du mickey mousing, sur l’histoire d’Hansel et Gretel.

Dernier exemple dans l’animation (non Disney cette fois-ci), l’œuvre de Camille Saint-Saëns est jouée dans la comédie musicale de Charmant, dans Shrek 3 : afin de montrer la mort de l’ogre de manière amusante et glorieuse pour Charmant.


Dans les parcs à thèmes aussi la Danse macabre amène des attractions de qualité. Chez Disney, on ne peut que penser à Haunted Mansion ! L’histoire des Haunted Mansion rappelle le texte médiéval : la mort s’impose (par le biais de Constance Hatchaway), les fantômes font une grande fête sur Grim Grinning Ghosts. Même l’invocation de Madame Leota rappelle le poème d’Henri Calazis ! Au final, le millième fantôme n’est-il pas aussi celui que Satan cherche à humilier dans la Danse macabre ?

L’histoire de Phantom Manor utilise toujours cet argument médiéval ! Mais sa musique reprend des éléments de l’œuvre de Camille Saint-Saëns : le clavier de crânes, le skullophone, reprend l’idée du xylophone (et le son original est un xylphone bien sûr !).

Enfin, en dehors de Disney, on ne peut que citer Spookslot, le château hanté d’Efteling aux Pays-Bas. Ce spectacle d’animatronique, première attraction majeure extérieure au bois des contes, raconte le sort lancé par une sorcière qui s’est faite jugée pour le vol de sortilège du comte de la région. Tout prend vie après le départ des moines-juges : les morts, les squelettes, les tombes dansent et réagissent sur la musique de Camille Saëns. Ils sont surtout dirigés par un violon fantomatique durant tout cet événement !

La Danse macabre de Camille Saint-Saëns est une œuvre de l’histoire de la musique, arrivant à renouveler musicalement pour l’époque un argument assez classique du jugement dernier et de la domination de la Mort sur la Vie !

L’histoire a été très utilisée dans la Pop Culture, et c’est très logiquement que l’œuvre du compositeur est assez associée aux histoires.

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