Il y a 90 ans… Les Sillies Symphonies

A la suite du succès des court-métrages avec Mickey en héros à partir de 1928, Walt Disney décide de créer une nouvelle série de court-métrages purement musicaux, tirée d’une idée de Carl Stalling : les Silly Symphonies.

Les Silly Symphonies sont des court-métrages où la musique régit l’action principale. Ils sont produits entre 1929 et 1939. Le premier Silly Symphony est The Skeleton Dance. Il est diffusé au Carthay Circle Theater, en première partie du film Four Devils. Le court-métrage est un succès, et lance officiellement le procédé des Silly Symphonies. Columbia Pictures se charge de diffuser la série, Pat Powers ne jugeant pas le procédé crédible.

The Skeleton Dance est la première Silly Symphony, créée par les studios Disney, en 1929. Ce court-métrage ne contient pas de narration précise, mais présente plutôt un numéro musical, comme dans les futures comédies musicales des années 50 et 60 avec Fred Astaire, ou dans les comédies musicales sur scène (telles que celles présentées à Broadway). Le court métrage d’environ cinq minutes se découpe en trois parties :

-la première partie instaure le cadre : la scène se déroule dans un cimetière durant une nuit d’orage. Ce cadre devrait renforcer le sentiment de peur et de malaise que doit procurer ce type d’événement. On y montre des animaux réagir de façon humoristique, avec un hibou qui veut impressionner un certain public, mais qui est effrayé par un arbre à la limite de l’anthropomorphisme (ses branches réagissent comme des bras), et avec deux chats qui se battent. L’humour dans ce conflit provient de l’exagération des crachats des chats, dans leur « dialogue », mais aussi dans la répétition du gag du nez. On y voit aussi un chien qui hurle, mais qui n’impressionne pas à cause de son corps maigre. Par la suite, un squelette entre en scène (la position des décors et le fait que les personnages semblent regarder un public rappellent des spectacles sur scène) et commence à faire des gags à son tour, et cherchent à « réveiller » les autres squelettes. Walt Disney utilise donc des stéréotypes d’éléments effrayants en les exagérant afin de montrer l’humour du court-métrage.

Musicalement, tout cet humour est accentué par le procédé de mickeymousing : la musique réagit à tous les éléments visuels présents, afin de les accentuer, pour que le message à faire passer soit plus facilement compréhensible. Ces éléments sont entre la diégétique et l’extra-diégétique : la musique participe à l’action grâce à sa synchronisation avec les éléments visuels, mais elle est beaucoup trop absurde pour que le spectateur croît vraiment qu’elle est réalisée dans l’action, contrairement aux bruitages. Michel Chion désigne le procédé de réflexion, propre au spectateur, d’associer d’idée musicale et visuelle par le terme « synchrèse ». Cette synchrèse est utilisée par les studios Disney depuis le premier Mickey sonore, jusqu’aux derniers films d’animations sortis. Elle est aussi utilisée par d’autres studios, comme par exemple chez Warner Bros. dans la série The Looney Toons ou dans les cartoons de Tex Avery.

-La deuxième partie, qui commence à 2 :30 (c’est-à-dire le milieu du court-métrage) est beaucoup plus divertissante et musicale : après que tous les squelettes soient réunis, ils commencent une première danse synchronisée (probablement due à une réutilisation des images), sur une musique composée pour la Silly Symphony par Carl Stalling, encore présent dans les studios à l’époque. Le compositeur y ajoute par la suite un extrait de La Marche des Trolls, tiré de la Suite Lyrique, op. 54, composée par Edvard Grieg. Stalling a baissé le tempo de cette Marche des Trolls, et a ajouté des éléments extra-musicaux, joués par des percussions (comme des wood-blocks ou des claves), synchronisés à la partition de Grieg pour décrire exagérément les gestes des squelettes.

-La troisième partie fait guise de conclusion à la Silly Symphony : le jour se lève et le coq chante. Les squelettes effrayés (ce qui est un retournement de situation comique, inversant les rôles avec le monde réel) se dépêchent de retourner dans leurs tombes, en marchant au pas, sur le thème de La Marche des Trolls, joué plus vite.

Cette Silly Symphony est marquée par un élément important pour Walt Disney, dont il a fait son cheval de guerre : rendre abordable l’art savant à un public populaire (utilisation de la musique savante dans un court-métrage animé), mais aussi intéresser une élite aux arts populaires. Ce second point sera abordé plus tard avec la création de Snow White and the Seven Dwarfs.

Cette dualité entre savant et populaire est marquée dans presque toutes les Silly Symphonies. Ainsi, on relève dans la majorité des Silly Symphonies une référence de musique savante (ex : dans Night (1930), on relève la sonate « Clair de Lune » (op.27 n°2) de Beethoven et Le Beau Danube Bleu de Strauss ; dans The Ugly Ducking, on relève l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini …). Cette dualité est d’autant plus marquée dans le Silly Symphony MusicLand (en français Jazz Band contre Symphony Land) : Disney raconte l’histoire de Roméo et Juliette à travers des instruments (un violon Juliette pour le « pays symphonique » et un saxophone Roméo pour le « pays jazz »). Contrairement à la pièce de Shakespeare, l’histoire se finit bien (peut-être un élément précurseur du fameux Happy Ending cher aux studios Disney) avec l’association « amoureuse » et symboliquement musicale du jazz et de la symphonie, du populaire et du savant.

A la suite du départ de Carl Stalling en 1930 pour les studios Warner Bros., Bert Lewis prend la direction musicale des studios Disney. Il développe l’idée de citations musicales au sein des Silly Symphonies, tout en gardant le procédé du Mickey Mousing. Il est rejoint, par la suite, par Franck Churchill. Ce compositeur est réputé pour créer les mélodies les plus connues des Silly Symphonies, telles que Who’s Afraid by the Big Bad Wolf ?. Il a composé aussi par la suite les chansons de Snow-White and the Seven Dwarfs, Dumbo, ou Bambi.

Le départ de Ub Iwerks et la rupture de contrat avec Pat Powers provoquent un contrat avec le distributeur Columbia Pictures jusqu’en 1932, puis United Artists jusqu’en 1937, et avec RKO Pictures jusqu’en 1953. RKO Pictures se charge donc de diffuser les Silly Symphonies et par la suite les premiers long-métrages d’animation. De plus, Disney recrute de nouveaux animateurs, dont Les Clark, et leur fait partager leurs techniques d’animation lorsqu’elles sont de qualité. Les Silly Symphonies utilisent aussi par la suite la couleur (Flowers and Trees), grâce au « perfectionnement du procédé de couleurs Technicolor ».

La particularité scénaristique des Silly Symphonies est de ne pas avoir de héros récurrents, comme dans les autres séries animées (Alice dans Alice Comedies, Mickey dans Mickey Mouse, les héros des Looney Tunes). De plus, les héros d’un épisode sont variés : ce sont des animaux (The Three Little Pigs, Three Orphans Kittens), des objets (The Old Mill ; Midnight in a Toy Shop), ou des êtres humains (El Terrible Toreador).

De plus, les effets spéciaux utilisés, ainsi que les effets d’animations, deviennent de plus en plus développés. L’image gagne en fluidité, en profondeur, mais aussi en réalisme (par exemple, avec l’animation d’Hommes, comme Goddess of Spring¸qui pousse le réalisme d’un humain). Les studios Disney cherchent alors à développer l’animation. La qualité des Silly Symphonies permettent aux studios Disney de remporter l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation à chaque cérémonie durant huit années consécutives : Flowers and Trees (1932), The Three Little Pigs (1933), The Tortoise and the Hare (1934), Three Orphans Kittens (1934), The Country Cousin (1935), The Old Mill (1937), Ferdinand the Bull (1938) et Ugly Ducking (1939).

Les Silly Symphonies permettent de confirmer les studios Disney dans le domaine de l’animation, et d’annoncer le travail futur de Snow-White and the Seven Dwarfs. Des éléments d’animation évoquent d’ailleurs les long-métrages d’animation futurs : la rue de Moth and Flame rappelle énormément les rues de Pinocchio, avec les couleurs, le relief, mais aussi les formes des pavés, de la maison, et du panneau d’entrée.

Musicalement, les Silly Symphonies sont un mélange de populaire et de savant : on traite la musique savante dans un divertissement qui se veut populaire. Disney cherche à enlever les barrières élitistes grâce à ses références. Cette utilisation de la musique populaire annonce quant à elle le long-métrage de 1940, Fantasia, qui met en image différentes musiques savantes.

De plus, ces Silly Symphonies permettent de développer le mickeymousing¸ présent déjà dans la série de court-métrage avec Mickey en personnage principal, et qui continuera à être présent dans les long-métrages d’animation suivants (Snow White and the Seven Dwarfs, Pinocchio…).

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